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Impact des élections législatives de mi-mandat en Argentine
Le parti du président Javier Milei, La Libertad Avanza (LLA), a remporté une victoire décisive lors des élections législatives de mi-mandat. Ce résultat a rassuré les marchés, stabilisé le peso et redonné de l’élan au programme de réformes libertariennes du gouvernement. Reste une question centrale : cet élan pourra-t-il se maintenir dans la deuxième moitié du mandat ? Et surtout, quels changements Milei pourra-t-il réellement mettre en œuvre avec un Congrès plus favorable ?
Une recomposition législative majeure
Avant ces élections, LLA comptait très peu de sièges : moins de 10 % au Sénat et moins de 20 % à la Chambre des députés. Le reste du Congrès était réparti entre le parti d’opposition péroniste, majoritaire, le parti de centre droit PRO de Mauricio Macri, plusieurs blocs provinciaux, le parti centriste Unión Cívica Radical ainsi qu’une mosaïque de petits partis.
Cette faible représentation s’expliquait notamment par l’ascension rapide et inattendue de Milei. Créé en 2021, LLA était encore considéré comme marginal avant les élections fédérales de 2023. Bien que les primaires d’août 2023 aient marqué un tournant décisif, les élections générales n’ont apporté que des gains limités. Milei a finalement remporté la présidence au second tour, mais il a dû composer avec un Congrès hostile pendant les deux premières années de son mandat.
Un nouveau rapport de forces
En 2025, la situation a changé de manière significative en faveur de Milei. LLA a obtenu un nombre beaucoup plus important de sièges. Même si le parti n’atteint pas la majorité, il dispose désormais d’une marge de manœuvre politique bien supérieure.
De plus, si l’alliance avec le PRO se maintient, ce bloc deviendrait le plus influent du Congrès. Ensemble, ils pourraient atteindre près de 40 % des sièges à la Chambre basse et environ un tiers au Sénat lorsque le nouveau Congrès prendra ses fonctions le 10 décembre. Cette position permettra non seulement de bloquer une éventuelle annulation de veto présidentiel, mais aussi d’augmenter les chances de maintien des décrets.
Le défi principal pour Milei sera donc de construire des coalitions avec les législateurs non alignés. En effet, une majorité dans les deux chambres est indispensable pour atteindre le quorum et adopter de nouvelles lois. Les partis liés aux gouverneurs provinciaux joueront un rôle clé. Leur soutien dépendra en grande partie des fonds discrétionnaires envoyés par l’État fédéral aux provinces. Or, Milei avait réduit ces transferts dans le cadre de son programme d’austérité. Bien que des accords aient déjà été conclus avec plusieurs gouverneurs, l’épreuve décisive aura lieu lors des premiers votes, en décembre ou en janvier.
Agenda 2026
S’appuyant sur sa nouvelle dynamique, le Président a présenté une feuille de route législative ambitieuse. La session ordinaire commence en mars, mais il peut convoquer des sessions extraordinaires dès décembre. Le budget 2026 devrait être examiné à ce moment-là. Ensuite, des réformes fiscales et du droit du travail pourraient suivre dès février.
D’autres projets sont également envisagés. Parmi eux, des modifications du Code pénal et des réglementations environnementales destinées à faciliter l’exploration pétrolière et gazière en Patagonie. En revanche, la réforme de la sécurité sociale — notamment le relèvement de l’âge de départ à la retraite — pourrait être reportée à un éventuel second mandat.
Réforme du travail : sous les projecteurs
Les discussions sur le droit du travail attirent particulièrement l’attention. Même si le texte final n’a pas encore été publié, les réformes devraient viser à réduire le coût élevé du travail en Argentine pour améliorer l’attractivité du pays.
Plusieurs pistes sont déjà évoquées :
- la création d’un fonds commun pour indemniser les travailleurs licenciés (un changement attendu au regard du système actuel, où l’indemnité incombe uniquement à l’employeur),
- une plus grande flexibilité des horaires et des heures supplémentaires,
- un éloignement du modèle syndical sectoriel au profit d’accords négociés directement au niveau de l’entreprise.
Un projet de loi incluant ces mesures pourrait être approuvé. Toutefois, même dans ce cas, il est probable qu’il fera face à des contestations judiciaires et à la résistance des tribunaux (voir notre récente publication à ce sujet). Les syndicats, bien qu’affaiblis par la baisse de l’adhésion (due au bond du travail informel), et par les tensions internes, restent un acteur incontournable.
Réformes fiscales potentielles
Pour l’instant, les ajustements fiscaux n’ont pas été formalisés. Il est peu probable qu’un changement structurel ait lieu à court terme. Le gouvernement souhaiterait réduire la charge fiscale des entreprises afin de stimuler l’investissement. Cependant, le besoin urgent de recettes limite cette ambition.
Ainsi, la première vague de réformes devrait plutôt viser une simplification du système. Elle pourrait inclure la suppression de nombreuses taxes spécifiques — par exemple celles sur les jeux d’argent, l’alcool, les carburants, les cigarettes et certains véhicules — dont l’impact sur le budget demeure limité.
L’élan peut-il durer ?
Au-delà du Congrès plus favorable, les élections ont offert à Milei un répit politique. Ce soulagement arrive à point nommé : un mois avant le scrutin, LLA avait subi une lourde défaite dans la province de Buenos Aires, la plus peuplée du pays.
Cette défaite avait ravivé les doutes sur la capacité du Président à poursuivre ses réformes, notamment celles liées à la libéralisation du peso et à la suppression des contrôles des changes. Beaucoup attribuent le rebond électoral à l’annonce des États-Unis d’augmenter une ligne de swap de 20 milliards de dollars afin de stabiliser le peso.
Même avec la victoire électorale, la stabilité monétaire reste le plus grand défi de Milei. Aujourd’hui encore, le taux de change peso-dollar demeure administré par la Banque centrale ce qui limite la compétitivité commerciale du pays. La levée progressive des contrôles et une plus grande flexibilité du peso seront essentielles pour atteindre la croissance promise. Néanmoins, aller trop vite pourrait déclencher une forte dévaluation et raviver l’inflation.
Conclusion
Grâce à la victoire de LLA, Milei entame 2026 avec un mandat renouvelé. Pour la première fois, une majorité de travail au Congrès semble à portée de main. Les législateurs devront examiner des réformes clés, notamment en matière de fiscalité et de droit du travail — deux piliers de la stratégie économique du gouvernement.
Le Président pourra capitaliser sur cet élan à condition de collaborer rapidement avec ses alliés potentiels. Idéalement, cela devrait se faire avant l’entrée dans l’année 2027, où la présidentielle dominera l’agenda politique.
Le succès de cette nouvelle phase dépendra largement de la capacité du gouvernement à stabiliser l’économie et à libéraliser progressivement le peso. La tâche reste difficile, mais Milei apparaît — pour l’instant — mieux positionné pour y parvenir.
Si vous souhaitez discuter de cette question avec les avocats de Wiener Soto Caparros, n’hésitez pas à contacter notre auteur.
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