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Accord Commercial Argentine–États-Unis : Un Changement Réel ?
Après plusieurs mois de spéculations, les États-Unis et l’Argentine ont finalement annoncé la conclusion d’un accord commercial bilatéral. Bien que le texte définitif n’ait pas encore été rendu public, un premier « framework » (ou « cadre ») a été dévoilé le jeudi 13 novembre. Celui-ci soulève presque autant de questions qu’il n’apporte de réponses, notamment en ce qui concerne les engagements américains. Le document complet devrait paraître dans les prochaines semaines — voire dans les prochains jours. En attendant de pouvoir l’analyser en détail, voici un état des lieux des informations disponibles.
Engagements Commerciaux de l’Argentine
D’une part, l’Argentine a accepté d’ouvrir son marché à un ensemble important de produits américains. Bien qu’aucune liste exhaustive n’ait été communiquée, un message de la Maison-Blanche précise que « certains médicaments, produits chimiques, machines, technologies de l’information, dispositifs médicaux, véhicules automobiles et une large gamme de produits agricoles » bénéficieront d’un « accès préférentiel » au marché argentin. À cela s’ajoute le bétail américain ainsi que l’engagement d’autoriser, dans un délai d’un an, l’importation de volaille venue des États-Unis.
Cependant, cet « accès préférentiel » pourrait entrer en contradiction avec les obligations de l’Argentine au sein du Mercosur. En effet, ce dernier impose une négociation conjointe des accords commerciaux pour l’ensemble de ses membres (Brésil, Bolivie, Paraguay et Uruguay), ainsi que l’application d’un tarif extérieur commun (TEC). Reste donc à savoir comment Buenos Aires parviendra à concilier cet engagement bilatéral avec ses responsabilités régionales. La piste la plus plausible serait l’utilisation d’exemptions par type de produit : les règles du Mercosur autorisent en effet l’Argentine à exclure jusqu’à 100 produits du TEC, seuil qui passera à 150 en 2028. Si l’accord ne s’inscrit pas dans le cadre institutionnel du bloc, des tensions diplomatiques pourraient émerger avec les autres États membres.
Engagements d’Accès au Marché
En parallèle, le gouvernement argentin a également accepté plusieurs concessions non tarifaires, parmi lesquelles :
- la reconnaissance des biens américains conformes aux normes américaines ou internationales, sans tests additionnels ni approbations supplémentaires — ce qui devrait, par exemple, faciliter l’accès des secteurs automobile et pharmaceutique américains ;
- le renforcement de la protection des droits de propriété intellectuelle afin d’aligner les règles argentines sur les standards internationaux ;
- des mesures destinées à lutter contre la déforestation illégale et à réduire, voire supprimer, les subventions à la pêche ;
- l’interdiction d’entrée de biens produits grâce au travail forcé ;
- la limitation du rôle des entreprises publiques lorsque celles-ci risquent de fausser la concurrence avec le secteur privé ;
- l’ouverture immédiate du marché au bétail américain, l’engagement d’autoriser la volaille américaine dans l’année, ainsi qu’une simplification des procédures concernant les produits et sous-produits de bœuf et de porc.
Aperçu des Engagements des États-Unis
Du côté américain, les engagements annoncés paraissent plus restreints. La majorité des importations argentines resteront soumises à un tarif de 10 %, à l’exception de « certaines ressources naturelles indisponibles », « articles non brevetés destinés à des applications pharmaceutiques » et, potentiellement, du bœuf argentin. Par ailleurs, Washington a indiqué qu’il tiendrait compte de la situation économique argentine lorsqu’il envisagera des tarifs pour motifs de sécurité nationale. Cela ouvre la porte à une réduction future des tarifs sur l’aluminium et l’acier, sans toutefois garantir un effet tangible sur les exportations de Buenos Aires.
Perspectives pour les Exportations de Bœuf
Peu avant l’annonce officielle, le président Milei avait affirmé que « les exportations de bœuf vers les États-Unis seraient quadruplées ». Le communiqué argentin a repris cette affirmation, évoquant « une expansion significative de l’accès du bœuf argentin au marché américain ». Néanmoins, la déclaration américaine s’est montrée nettement plus prudente, probablement en raison de pressions internes exercées par les éleveurs du pays. Elle évoque simplement « une amélioration des conditions d’accès réciproques ». Si, malgré tout, le texte final aboutit à une augmentation notable des importations américaines de bœuf argentin, il s’agirait indéniablement d’un succès majeur pour l’Argentine.
Ressources Naturelles et Exportations Pharmaceutiques
En ce qui concerne les ressources naturelles « indisponibles », la formulation semble viser un accès plus favorable pour le lithium, l’uranium et d’autres métaux rares produits en Argentine. Toutefois, les détails restent inconnus, à commencer par la définition précise qu’adoptera Washington pour qualifier une ressource d’« indisponible ». De même, la mention relative aux produits pharmaceutiques laisse entrevoir des perspectives positives pour l’industrie locale ; toutefois, même si elle concerne les ingrédients pharmaceutiques actifs, les produits chimiques de base ou les génériques, ce secteur ne devrait représenter qu’une part limitée des exportations argentines vers les États-Unis.
Conclusion
En définitive, l’annonce de cet accord commercial constitue un événement politique majeur, offrant au gouvernement Milei un avantage symbolique important. Pourtant, sans la publication du texte complet, toute analyse reste largement spéculative. Les supermarchés américains proposeront-ils bientôt davantage de bœuf argentin ? Les entreprises minières américaines prendront-elles une place dominante dans le triangle du lithium argentin ? Et les produits de consommation américains afflueront-ils massivement dans les foyers argentins ?
Autant de questions qui demeurent en suspens. Affaire à suivre.
Si vous souhaitez discuter de cette question avec les avocats de Wiener Soto Caparros, n’hésitez pas à contacter notre auteur.
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